Figaro veut épouser Suzanne, qui cherche à échapper aux intentions peu recommandables de son patron, qui ruse pour échapper à la vigilance de sa femme, qui s’efforce de ne pas répondre aux sollicitations du jeune Chérubin, qui ne sait plus où donner du cœur... pendant que Marceline essaie de trouver un moyen pour épouser Figaro, que Basile aimerait séduire Marceline et que Bartholo et Fanchette naviguent à l’aveuglette pour tenter de comprendre ce qui se passe...
Bref : une folle journée dans une maisonnée sens dessus-dessous, où chacun cherche à parvenir à ses fins de façon irrémédiable mais astucieuse !
À première vue...
Comment s’y retrouver dans cet imbroglio de situations, de manigances, de stratégies, aussi multiples que vitales pour chacun des personnages ! Et pourtant, Beaumarchais mène toutes ces intrigues avec brio, cohérence, et avec un art réjouissant de l’inattendu, du suspense et du retournement ! Sans oublier son humour, son sens de la répartie et du comique, dont l’impact allie drôlerie et satire parfois virulente sinon violente !
De quoi éprouver le sentiment de bien s’amuser avec une célèbre pièce classique, à la fois distrayante et intelligente, mais d’être surpris par des paroles qu’on ne pensait pas écrites avec cette modernité il y a près de 250 ans !
L’art de la polémique
Dans cette comédie pleine de gaie vivacité et de rebondissements, Beaumarchais oppose la société des nantis, qui se croient tout permis et pratiquent la contrainte tant physique que psychique, face aux petites gens qui subissent les événements sans forcément renoncer à leurs rêves. La pièce veut montrer que l’intelligence et la persévérance sont capables de triompher par l’esprit et la ruse face aux abus de pouvoir. Sa portée politique est indéniable, mais elle est relativement masquée, de sorte qu’elle a été à la fois censurée pendant des années tout en étant célébrée avec des représentations interprétées par des courtisans et la reine Marie-Antoinette elle-même ! Question d’opportunisme...
Intemporel ???
«C’était hier mais c’est aujourd’hui, dit la metteuse en scène. Beaumarchais écrivait avec une liberté insolente, analysait avec finesse et pertinence la violence des rapports de domination, qu’elle soit sociale ou entre hommes et femmes. Avec ce mélange de légèreté burlesque et de politique, le texte est une charge implacable. »
Léna Bréban en révèle la violence, la portée sociale et politique, parfois atténuées au profit du comique, mais qui résonnent encore aujourd’hui : « Médiocres et rampants, on arrive à tout, recevoir, prendre et demander aux puissants, voilà le secret en trois mots », peut-on entendre. Une phrase révélatrice d’un mode de fonctionnement qui a traversé les siècles !
Parti-pris artistique
Léna Bréban – quatre Prix Molière en 2022 – ne cherche pas à actualiser artificiellement les textes classiques qu’elle veut mettre en lumière. Dans sa conception du Mariage de Figaro, elle souligne les aspects polémiques sans occulter le rire qui en intensifie l’impact. Selon Philippe Torreton, « C’est le grand talent de Léna Bréban, elle ausculte le texte jusqu’à la moelle, elle a su nous faire jouer avec un rythme soutenu, avec des trouvailles, des idées... et faire entendre tout ce qui se dit. »
Quant à Philippe Torreton, dont l’âge est en principe peu conforme à la tradition du rôle, il donne à son personnage un sens des nuances, entre drôlerie et gravité, une profondeur inédite, « une épaisseur humaine, une énergie de l’intérieur et une conscience sociale tout à fait pertinente (Culture plus) ». Son interprétation est qualifiée de « virtuose » par France Culture, « Il électrise la scène, on ne se lasse pas d’écouter ses réparties désormais légendaires ! » (Le Figaro Magazine).