Malgré l’énorme succès de ses enquêtes policières, Arthur Conan Doyle commence à se lasser de les imaginer pour son célèbre héros Sherlock Holmes. Mais tandis qu’il envisage de le faire disparaître pour se consacrer à l’écriture d’un roman de chevalerie, une jeune inconnue sollicite son aide en urgence. À contre-cœur, mais sur l’insistance de Jules Verne, qu’il côtoie à l’occasion d’une obligation professionnelle, il accepte de se lancer dans une nouvelle enquête... pas comme les autres !
Quand la fiction recrée le réel
Le point de départ de la pièce est basé sur la réalité : Conan Doyle voulait se débarrasser de Sherlock Holmes. Et il l’a fait : en le faisant mourir dans Le Dernier Problème ! À la suite des réactions scandalisées des lecteurs – et aussi de certaines difficultés financières – il lui a redonné vie huit ans plus tard.
C’est à ce moment charnière de lassitude qu’est située la pièce. Mais avant que Conan Doyle se résolve à ce désir de renouveau, la présence inopinée de Jules Verne va contrecarrer ses projets. Et ça, c’est de la fiction. Une fiction plausible cependant, car si une grande différence d’âge les sépare, si on ne sait pas s’ils se sont vraiment rencontrés, les deux écrivains ont en commun la riche variété de leurs créations, leur intérêt pour des sujets intellectuels liés au progrès de la science et de la raison, et Conan Doyle a reconnu avoir été inspiré par les romans de Jules Verne. De là à les réunir, voilà qui n’est pas iconoclaste !
La séduction des séries
C’est d’abord une trilogie que Julien Lefebvre (avec et sans Florence Lefebvre) a conçu autour du personnage d’Arthur Conan Doyle. Il l’a plongé dans des énigmes qui nous emmènent dans des contextes à la fois historiques, sociaux et littéraires. Mais après le troisième épisode, comme celui qui lui a servi de modèle, Julien Lefebvre avait prévu de mettre un terme à sa fréquentation de son personnage. Et comme Conan Doyle qui été « obligé » de ressusciter son héros, il a subi la pression du public et des « théâtreux » – de sorte qu’il s’est replongé dans une intrigue qui témoigne, une fois encore, de son habileté à faire renaître des personnages historiques pris dans des circonstances particulières. Et on s’aperçoit ainsi que le théâtre peut conduire à des séries auxquelles le public s’attache comme à celles de la télévision et du roman policier !
La patte Lefebvre !
Avec ce quatrième opus, l’auteur conserve son style de base : des histoires originales, bien ficelées, des dialogues pointus, du suspense épicé d’humour, qui stimulent les « petites cellules grises » des spectateurs, comme dirait Hercule Poirot. Et le tout dans des atmosphères historico-sociales évocatrices et des clins d’œil littéraires qui reposent sur une sérieuse documentation. On ne peut que se prendre au jeu avec la bonne conscience de retrouver des sujets auxquels on n’a pas forcément pensé depuis l’école !
Mais cette fois-ci, une nouveauté : pas de huis clos. De péripéties variées en découvertes imprévues, les mésaventures du duo franco-britannique nous emmènent de Londres à l’Écosse à travers une scénographie foisonnante et suggestive. De quoi finir la saison de façon réjouissante !
Pour mémoire...
Romancier et auteur, Julien Lefebvre a écrit pour le cinéma et la télévision, mais s’est davantage consacré au théâtre depuis 2014. La Nouvelle Scène a présenté sa trilogie (Le Cercle de White Chapel autour de l’énigme de Jack L’Éventreur, Les Voyageurs du Crime dans une évocation de l’Orient-Express, L’Heure des Assassins, une plongée dans le théâtre londonien) ainsi qu’une autre pièce, Plus haut que le Ciel (la création de la Tour Eiffel).
Quant à Jules Verne, à part ses nombreux romans il a écrit une quarantaine de pièces et de livrets d’opéra, mais qui ne sont pas représentés depuis des décennies ! La Nouvelle Scène a programmé son Tour du Monde en 80 jours sous forme de grand spectacle musical en 1989.