George Dandin (ou le mari confondu)

Molière

« Vous avez fait la sottise la plus grande du monde ! », dit George Dandin en s’adressant à lui-même ! Car s’il avait su ce qui l’attendait, lui, le paysan fortuné qui a épousé la fille d’un aristocrate, il aurait vite fait passer son envie de s’appeler M. de la Dandinière ! Bien mal lui en a pris de vouloir sortir de sa condition, car sa femme lui fera payer très cher d’avoir été « achetée » pour renflouer les finances de sa famille ! Elle n’aura de cesse de lui prouver qu’il n’est pas aimable – dans tous les sens du terme. Voilà une mésalliance qui aura des conséquences bien fâcheuses…

A l’époque…

Tout cela n’est pas très gai ! Et pourtant c’est bien une comédie que Molière a voulu écrire. Il l’a conçue à partir d’une ancienne farce, La Jalousie du Barbouillé, pour répondre à une commande de Louis XIV qui avait décidé d’offrir un Grand Divertissement dans les jardins de Versailles. La pièce fut présentée devant trois mille personnes. Elle était intégrée dans une sorte d’opéra pastoral en vers sur une musique de Lully. Les actes de la pièce étaient entrecoupés de chants et de ballets et tout se terminait sur une fraternisation entre L’Amour et Bacchus invitant le pauvre mari trompé à perdre son tourment dans l’ivresse… Un grand succès comique, selon les réactions de l’époque ! Cependant, quand Molière détacha ses trois actes pour les jouer sans intermèdes musicaux devant un public populaire, les réactions furent plutôt mitigées, car la pièce sortie du contexte du divertissement prenait soudain des couleurs très différentes !

Vous avez dit comique ?

Au niveau du comique proprement dit, George Dandin en contient toutes les formes : texte, situations, quiproquos, ridicule des personnages, drôlerie des valets… mais au niveau du fond, le sujet n’a pas grand-chose de drôle, puisqu’il tourne autour de la souffrance d’un homme méprisé par tout le monde ! Ressortent alors la satire sociale et la farce tragique. En opposant des personnages de conditions différentes, Molière met en évidence cet éternel désir des hommes de vouloir paraître et posséder davantage. Toujours à la recherche du juste milieu, il montre les catastrophes que l’on s’attire en ne se satisfaisant pas de ce que l’on est ni de ce que l’on a. Par ailleurs, il revient une fois encore sur un de ses thèmes de prédilection : ne pas marier les jeunes filles contre leur gré.

Une ambiguïté satirique

Ce mélange des genres peu courant dans les oeuvres de Molière donne une couleur très particulière à cette comédie musicale toute en contrastes. A travers les éléments comiques et tragiques, la pièce met en évidence les conflits dans lesquels les personnages se débattent et dont ils sont, tous et tour à tour, victimes et tortionnaires : pouvoir de l’argent, de la séduction, de la position sociale et de l’autorité parentale, mécanismes de la lutte des classes et de la guerre des sexes … Des sujets cruels, auxquels la galanterie des intermèdes musicaux sert de contrepoint satirique et ironique.

Le regard de Michel Fau…

« J’aime quand les choses déjantent. Le théâtre doit sortir de son quotidien, doit donner envie de rêver. Il y faut de la poésie, du lyrisme, de l’extravagance, ce qui n’empêche pas de parler de nous, de l’humain », dit Michel Fau, qui aime souligner la noirceur qui mine les comédies et le grotesque qui habite les tragédies. Beauté du texte classique, légèreté de la comédie et du baroque, tragique d’un mal qui triomphe, théâtre musical… cette pièce avait tout pour séduire Michel Fau dans sa passion pour Molière et pour l’opéra et lui permettre de laisser libre cours à son univers fantasque et flamboyant – auxquels les costumes signés Christian Lacroix ajoutent une esthétique raffinée !

Do 09. Jun 2022 Nouvelle Scène

Nouvelle Scène

George Dandin (ou le mari confondu)

Molière

Stadttheater

19:30

CHF 17 - 82