Molière incontournable ?
Molière impérissable, Molière universel... Mais Molière n’est pas comme un objet de musée ! On ne joue pas Molière simplement parce qu’il fait partie du répertoire, mais parce que, décidément, sa connaissance de l’être humain, la profondeur et la justesse de ses observations et de ses réflexions, font qu’on reste confondu par la pertinence de ce qu’il raconte. On peut voir dix fois la même pièce de Molière, à chaque fois on découvre quelque chose qui a échappé auparavant, quelque chose qui touche ou qui frappe particulièrement...
L’avarice « mère de tous les vices » ?
D’innombrables pièces ont été écrites sur l’avarice. Pourquoi sont-elles tombées dans l’oubli, alors que celle de Molière reste la référence ? Peut-être parce qu’elles étaient centrées sur l’avarice comme seul trait de carac- tère, alors que Molière explore à fond le comportement de celui qui en est atteint. Il montre les ravages qu’une passion dévorante provoque à l’intérieur d’une person- nalité, les sentiments qu’elle fait naître et qui provoquent des comportements nuisibles, mais aussi les consé- quences néfastes qu’elle entraîne sur les autres. Pour répondre à son obsession, l’avare perd son humanité et son entourage doit mentir, tricher, s’endurcir pour survivre !
Comique ou tragique ?
Déchirement d’une famille, conflits de générations, per- versions des rapports humains, avidités obsessionnelles, voilà qui n’est pas très drôle ! Et pourtant, Molière voulait faire rire, il l’a proclamé sur tous les tons, et rien de tel que de ridiculiser certains travers pour les dénoncer. Par ailleurs, à côté de la noirceur de son histoire, il crée des situations cocasses et avec certains personnages burlesques, il détend l’atmosphère. Dans sa mise en scène, Daniel Benoin rend bien cette dualité voulue par Molière. Avec une scénographie spectaculaire et révélatrice, qui souffle littéralement le froid et le chaud, il souligne les ambiguïtés, les ruptures de ton, et met en évidence la vérité des êtres tout en exploitant un second degré réjouissant : « C’est la force de cette mise en scène, servie par une distribution sans faille, de révéler toutes les subtilités de cette comédie redoutable », constate Théâtral Magazine.
Qui est Harpagon ?
Un vieillard avide et cupide, un père insensible, un maître tyrannique, une canaille lubrique qui lorgne une jeunesse trop fraîche pour lui ? Ou est-il un veuf inconsolé, un père choqué par la paresse d’un fils qui méprise le travail et choisit le jeu pour s’enrichir, par une fille impudique qui se dévergonde dans les bras de l’intendant de la maison et par des employés qui ne sont pas fiables ? Son avarice le pousse à être usurier, donc malhon- nête, paranoïaque et, avant tout, égocentrique. Mais faut-il trouver des excuses ou tout au moins des explications
à son comportement ou s’agit-il d’un défaut congénital ? C’est là qu’intervient le rôle des interprètes et des metteurs en scène avec la vision qu’ils ont du personnage et les divers éclairages qu’ils donnent au texte de Molière.
Michel Boujenah, inattendu et impressionnant
On n‘imaginait pas d’emblée Michel Boujenah dans le rôle d’Harpagon. Et pourtant ! A la fois dans l’intensité et la retenue, cherchant, selon lui, à « trouver le bon équilibre entre la monstruosité et l’humanité », il apporte une touche personnelle, sachant exploiter avec finesse les divers aspects du personnage sans tomber dans des effets co- miques attendus. Il s’y révèle « bluffant », selon l’avis général de la Critique, qu’on peut résumer par celle de
la Terrasse, journal culturel de référence : « Avec un remarquable Michel Boujenah, tout en éclats ou en nuan- ces, jamais caricatural, Harpagon apparaît ici dans toute son amplitude et sa complexité. »